Huit mois après la publication de son marché, l’Abes annonce le choix des solutions Alma, Primo et Rapido de l’éditeur Clarivate. Validé à l’unanimité par le Conseil d’Administration le 12 mai 2026 et notifié le 26 mai 2026, ce marché marque le début d’une transition majeure pour l’informatique documentaire mutualisée en France.
Un choix stratégique, budgétaire et institutionnel
C’est dans une dynamique globale de modernisation et de sécurisation technique que s’inscrit cette étape historique pour le projet d’établissement de l’Abes. Le choix de la suite logicielle de Clarivate s’impose d’abord comme une décision pragmatique, dictée par la réalité incontournable du marché mondial de l’informatique documentaire. Dans un contexte économique contraint, cette attribution garantit un rapport qualité-prix exceptionnel pour l’agence et ses réseaux. Elle permet d’améliorer sensiblement la qualité du service offert tout en maintenant un coût mesuré, répondant ainsi à l’exigence d’exemplarité et d’efficacité de l’État dans la consommation des deniers publics.
Au-delà de l’efficience budgétaire, l’adoption de ces solutions offre à l’Abes et à l’ensemble du secteur documentaire de l’ESR une opportunité unique de renouvellement nos pratiques de signalement et de gestion des collections, et de réinsérer nos métiers fondamentaux (le signalement et l’informatique documentaire) au cœur des grandes évolutions internationales.
Les défis de la transition
Le passage à ces nouveaux outils doit permettre à l’Abes et à ses réseaux de relever quatre défis majeurs :
- Évoluer vers les modèles entités-relations pour restructurer les formats de données et rendre les parcours des utilisateurs dans nos collections plus lisibles.
- Adapter nos outils à la documentation électronique en fluidifiant les circuits de valorisation des ressources, quel qu’en soit le support, dans un contexte où la notion de collection est mouvante.
- Favoriser la circulation des données au sein de l’écosystème de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR), pour des usages variés allant des bibliothèques au pilotage, en passant par la recherche et l’ingénierie pédagogique.
- Moderniser la fourniture de documents à distance grâce à des outils performants et solidement implantés dans le paysage documentaire.
Bien que ces solutions répondent au mieux aux besoins exprimés dans les cahiers des charges particulièrement exigeants publiés en septembre 2025, elles évitent l’écueil de fonctionnalités développées « sur mesure » pour l’ensemble des structures du réseau.
Perspectives techniques et fonctionnelles
Gestion des métadonnées et transition bibliographique (Alma)
L’un des points forts d’Alma réside dans sa capacité à supporter une grande variété de formats. Pour le réseau de l’Abes, le système assurera la gestion de l’Unimarc pour le catalogage et du KBART pour la base de connaissance. Le logiciel accompagne également la transition bibliographique en intégrant déjà le modèle Bibframe et en prévoyant l’intégration du code de catalogage RDA dès 2027. L’outil permettra de maintenir la densité des liens propre au Sudoc tout en ouvrant le catalogue sur le web de données (linked open data) grâce à des connexions avec des référentiels externes.
L’interface de catalogage, entièrement full web, fera coexister les modes expert et semi-expert. Les professionnels disposeront d’outils de requêtage robustes et de fonctionnalités de contrôle qualité indispensables à un catalogue partagé. Enfin, la base de connaissance nationale BACON verra ses fonctionnalités clés préservées et intégrées au système, ouvrant la voie à une cartographie nationale des abonnements électroniques, à l’usage d’un résolveur de liens collectif et au déploiement d’un ERM partagé pour la gestion des licences.
Flux de données et administration consortiale
Face aux enjeux de l’interopérabilité, Alma propose une configuration fine s’appuyant sur des protocoles standards (OAI-PMH, SRU, Z39.50), des API robustes en lecture/écriture et un gestionnaire de workflows performant. Ces outils visent à simplifier le catalogage et à fluidifier les échanges dans l’écosystème ESR.
Sur le plan architectural, le futur système ne reproduira pas l’existant à l’identique. Il garantira une gestion fine des droits et habilitations à l’échelle des bibliothèques, tout en permettant un pilotage des ressources électroniques au niveau institutionnel. Pour les contributeurs d’IdRef non-membres du Sudoc, un rôle spécifique dédié aux autorités sera créé. L’administration des comptes professionnels sera quant à elle simplifiée grâce à l’interconnexion avec la fédération d’identité Renater , complétée par des outils puissants d’historisation et de pilotage statistique.
Découverte (Primo) et Fourniture de documents (Rapido)
Avec l’outil de découverte Primo, l’Abes modernise l’accès public au catalogue en misant sur une structuration enrichie des métadonnées, l’apport de sources externes et une mise en valeur forte des ressources en libre accès.
Pour le prêt entre bibliothèques (PEB), le choix de Rapido répond à un besoin de simplification des circuits. Ce système gérera nativement les transactions nationales et internationales, s’intégrera de manière transparente dans le parcours de l’usager et offrira une forte compatibilité avec les différents SGB locaux. L’objectif est d’assurer une communication fluide entre le catalogue collectif et les outils des établissements, tout en garantissant une large autonomie aux professionnels.
Calendrier d’implémentation et dynamique de réseau
Le projet Orion s’étalera sur un calendrier progressif avant une mise en production cible prévue au plus tard début 2028 :
- Juin 2026 : Démarrage de la phase d’implémentation du lot principal (Alma et Primo).
- Début 2027 : Lancement du chantier pour le système de PEB et de fourniture de documents (Rapido).
La place des établissements étant centrale dans la réussite de cette transition, l’Abes lance un dispositif d’ambassadeurs dans chaque structure documentaire afin de garantir le dialogue et la co-construction. Les professionnels du réseau seront également invités à s’impliquer directement au sein des différents groupes de travail, où leur expertise métier sera indispensable pour réinventer nos modes de coopération.
Différents billets de blog à venir détailleront ces éléments techniques.